“La Pologne sera le plus grand marché du nucléaire en Europe de l’Est”

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centrale_nucléaire_©EDF_SophieBrandstormConsidérée par certains comme le seul moyen réaliste d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2 dans les délais impartis par l’Union européenne et la communauté internationale, la filière nucléaire repart de l’avant et affiche des perspectives encourageantes. Si le marché est actuellement porté par l’Asie, les pays d’Europe de l’Est fortement dépendants des combustibles fossiles ont aussi de grandes ambitions en la matière et constituent désormais un marché prometteur pour l’ensemble des groupes nucléaires internationaux. Interrogé par EurActiv sur sa vision de la politique énergétique européenne et des perspectives de la filière nucléaire en Europe, Mike Kirst, vice-président du groupe américain Westinghouse Electric en charge de la stratégie et des relations extérieures pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, expose les nouveaux enjeux pour le nucléaire sur le Vieux continent et la prévalence qui prendra le marché polonais dans les années à venir.


 

Une diversification de l’approvisionnement en combustible nucléaire

Si l’Europe de l’Est est encore largement dépendante de la Russie en terme d’approvisionnement en matière première (et notamment en combustible nucléaire), les tensions diplomatiques apparues depuis la crise ukrainienne pourraient bien changer la donne et incitent l’Europe à diversifier ses sources d’approvisionnement.

Les récentes déclarations de la Commission européenne sur la constitution d’une véritable Europe de l’énergie ont clairement évoqué la nécessité de diversifier l’approvisionnement en combustible et certains pays pourraient donc entamer de nouveaux processus de qualification et d’autorisation des filières d’importation alternative. Un processus qui s’annonce toutefois long et complexe au regard du nombre d’examens réglementaires imposés et de la nécessaire adaptation des nouveaux fournisseurs aux installations déjà en place.

Le groupe Westinghouse par exemple, fournisseur de combustible nucléaire pour l’Ukraine depuis maintenant quatre ans a dû mettre en place pour cela un programme d’essais spécifique pour l’assemblage de combustibles afin d’en assurer la compatibilité avec les installations d’origine russe et de garantir la sûreté d’exploitation.

Un scénario qui pourrait se reproduire en Bulgarie où le gouvernement et le groupe Westinghouse ont justement entamé des négociations pour l’approvisionnement des unités de production de Kozlodui 5 et 6. “Ces tests ukrainiens ont démontré que notre combustible fonctionnait avec des installations de conception russe. Nous pourrions donc utiliser cette expérience et l’appliquer à Kozlodui“, souligne Mike Kirst.

Rappelons ici que le Premier ministre bulgare a récemment averti la Commission européenne d’une “catastrophe de l’énergie” probable si la Russie ne se décidait pas à entamer la réhabilitation des unités 5 et 6 de la centrale nucléaire bulgare de Kozlodui. Cette dernière contribue à une part importante de la production d’électricité du pays, et prolonger la durée de vie de ces réacteurs, reste l’alternative la plus économique pour garantir l’approvisionnement électrique de la Bulgarie, prévient de son côté le vice-président du groupe américain.

Les perspectives de développement du nucléaire en Europe de l’est

Malgré la mainmise de la Russie et de son agence Rosatom sur de nombreux contrats nucléaires en Europe de l’Est, en Hongrie ou en Slovaquie par exemple, d’autres pays constituent de véritables opportunités pour le renouveau de la filière nucléaire européenne.

L’Ukraine tout d’abord, en déficit énergétique depuis la perte de contrôle de nombreuses centrales à charbon dans la partie Est du pays, entend relancer le développement de son parc nucléaire. Fort de 15 réacteurs en activité produisant plus de la moitié de la production d’électricité nationale, le gouvernement ukrainien souhaiterait ainsi entamer la construction de nouvelles unités de production. Un projet que le groupe Westinghouse, consulté par les autorités, a toutefois déconseillé au profit d’une stratégie d’optimisation des installations existantes.

Comme l’explique Mike Kirst, “il y a en Ukraine une volonté de construire de nouvelles unités. Mais ce que nous avons vraiment essayé de leur faire comprendre, c’est qu’il existe aussi de meilleures opportunités à court terme, en augmentant l’efficacité des réacteurs existants (augmenter le nombre de jours de production) ou les niveaux de puissance de 10%. Si vous augmentez à la fois les niveaux de puissance et l’efficacité sur une flotte de 15 réacteurs, le bénéfice de production est équivalent à la construction de deux réacteurs“.

Dépourvue de capacités de production nucléaire, la Pologne affiche quant à elle de réelles opportunités pour la construction de nouvelles installations. Plus gros consommateur de charbon en Europe (90% de sa production d’électricité), la Pologne s’engage en effet peu à peu dans une nouvelle politique de diversification de son mix électrique dans le but de satisfaire les exigences de la Commission européenne en matière d’émissions de gaz à effet de serre et d’assurer sa sécurité énergétique . Une stratégie qui devrait laisser une large part à l’énergie nucléaire. On parle actuellement de 11 réacteurs potentiels d’ici 2030.

Si le vice-président de Westinghouse doute ici du réalisme de ces ambitions, et notamment des délais accordés, il estime néanmoins que le marché polonais constituera à moyen terme le plus grand marché du nucléaire en Europe de l’Est.

Rappelons que Westinghouse est un des plus grands fournisseurs de combustible nucléaire en Europe. Le groupe américain est engagé actuellement dans la construction de quatre nouveaux réacteurs aux Etats-Unis et quatre en Chine. D’autres projets sont également en cours de développement au Royaume-Uni et en Bulgarie (Kozlodui 7).

En savoir plus

→ Westinghouse: Nuclear energy has a great future in Poland (EurActiv)

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