“L’aviation a une politique volontariste en matière d’écologie”

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Le secteur du transport aérien connait depuis plusieurs années une croissance exponentielle. L’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) estime qu’en 2014, le nombre de passagers qui ont transité par les airs a augmenté de 170 millions par rapport à l’année 2013. Un record qui porte le total du nombre de passagers annuels à quelques 3,3 milliards d’individus. Une activité qui, kérosène oblige, engendre le rejet de 2 à 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Paul Steele, en charge des affaires publiques pour l’IATA, a répondu aux questions des journalistes du quotidien suisse 24 heures. Et tenté de redorer le blason selon lui injustement terni du secteur du transport aérien.


 

Chaque nouvelle génération d’avions est entre 15% et 20% plus efficace

Parmi les idées reçues qui ont la vie dure, il y en a une qui attire particulièrement l’attention de Paul Steele : celle qui suggère que les rejets de CO2 du secteur de l’aviation augmentent proportionnellement avec le volume du trafic aérien. “Ces dernières années, le trafic aérien, en termes de passagers, a connu une croissance de 4% à 5%. Les émissions ont, elles, crû de 2% à 3% par an en même temps. Entre 2012 et 2013, la croissance du trafic a été de 4,7% et celle des émissions de 1,5%”. Des écarts qui suggèrent donc des progrès indéniables.

L’homme en charge des affaires publiques de l’IATA souhaite mettre en avant la politique volontariste de l’industrie aéronautique dans son ensemble. Il rappelle que les acteurs de cette industrie se sont engagés en 2009 à Genève à réduire de moitié leurs émissions polluantes d’ici 2050, principalement à l’aide des carburants alternatifs plus respectueux de l’environnement que le kérosène. “Aucune autre industrie de transport ne travaille autant sur ces défis, car pour l’aviation, écologie signifie économie”.

Il y a un autre indicateur qui témoigne de cet engagement vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement : l’amélioration constante de l’efficacité énergétique des avions qui parcourent le ciel de notre planète. Fuselage en fibre de carbone, vis et clous remplacés par des soudures, sièges plus légers, moteur électrique pour les déplacements sur le tarmac, et même suppression des magazines à bord pour réduire le poids des embarcations… “Chaque nouvelle génération d’avions est entre 15% et 20% plus efficace par rapport à la précédente”.

Témoin fiable de cette politique en faveur de pratiques écoresponsables : entre 1990 et 2009, l’efficience des transports aériens européens s’est améliorée de 29,8%. Des chiffres qui ne dépassent pas 16,4 et 5,5% pour les secteurs du transport automobile et ferroviaire.

“Il faut savoir que l’électricité utilisée par les trains en Allemagne provient largement d’usines à charbon, qui émettent du CO2. Beaucoup plus qu’en France, où l’électricité vient de l’énergie nucléaire, ou qu’en Suisse, où l’hydroélectricité et le nucléaire dominent”, fait également valoir M. Steele.

Incorporer du biocarburant au kérosène pour un meilleur bilan carbone

Mais le spécialiste du transport aérien reconnait que des barrières administratives barrent encore la route à des économies d’émissions de CO2 supérieures. Notamment en Europe où il existe une cinquantaine d’espaces aériens différents qui poussent les avions a constamment zigzaguer. “Un vol entre Genève et Londres doit souvent emprunter une route plus longue que la liaison directe (…). Pour y remédier, nous faisons du lobbying auprès des gouvernements, sans grand succès. Une meilleure gestion permettrait de réduire de 12% les émissions en Europe”.

Questionné sur les biocarburants, M. Steele a affirmé qu’il s’agissait selon lui d’une des solutions principales qui permettront d’améliorer le bilan carbone de l’industrie du transport aérien. Si la filière en est seulement à ses débuts (moins de 1% des vols utilisent actuellement du biocarburant, mélangé au Kérosène), Paul Steel a toutefois plaidé pour le développement de carburants alternatifs de deuxième et troisième générations qui permettront de recycler les déchets industriels et urbains, tout en créant de l’activité économique et des retombées locales.

“On espère qu’en 2018, 1% des vols utiliseront du biocarburant. Environ 1.500 vols ont volé avec un tel carburant. Lufthansa a procédé à des tests concluants: les vols sont tout aussi sûrs et 1% plus efficaces avec du biocarburant. En comprenant la fabrication du carburant, un vol avec du biocarburant peut être jusqu’à 80% plus efficace qu’un vol avec kérosène”.

Réduire les émissions du transport aérien de 50% d’ici 2050 est un objectif ambitieux mais pas un défi impossible, estime Paul Steele. “Cela va dépendre des biocarburants et des technologies qui promettent des changements importants à partir de la décennie 2030″. Il est notamment question de développer des avions sur un modèle triangulaire à fuselage intégré avec moteur à l’arrière. “L’expérience de vol sera différente car les passagers n’auront plus de hublot à leurs côtés”.

Interrogé sur l’avion solaire Solar Impusle (un projet soutenu par l’IATA), M. Steel rappelle que plusieurs expériences sont actuellement menées pour ‘intégrer des panneaux solaires aux avions. “Il s’agit de produire de l’énergie pour les systèmes opérationnels plutôt que pour la propulsion, les panneaux n’étant pas assez performants”.

En savoir plus

→ L’aviation crache 2% des émissions de CO2 (24 heures)

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