L’avis de l’Académie des sciences sur le projet de loi de transition énergétique

0 Voir tous les commentaires

conseil_national_transition_énergétique_photoMinistèredelEcologieEtDuDéveloppementDurableMême s’il a été en partie modifié par les sénateurs, le projet de loi de transition énergétique pour une croissance verte porté par la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de l’Energie, devrait finalement être adopté en seconde lecture par l’Assemblée nationale d’ici le mois de juin prochain et faire de la France un pays novateur en la matière seulement quelques mois avant la conférence internationale sur le climat prévue à Paris. Cela étant, et si les objectifs consacrés par ce texte jouissent aujourd’hui d’un relatif consensus, leur mise en application reste incertaine aussi bien sur les moyens mis en œuvre que sur les délais impartis. Dans un avis passé un peu inaperçu en janvier, l’Académie des sciences avait pour sa part exprimé son scepticisme quant aux mesures proposées et leur échéancier dans le cadre de la réduction de la consommation des énergies fossiles et l’amélioration de l’efficacité énergétique.


 

Les grandes problématiques de la transition énergétique

Si l’Académie des sciences s’est déclarée globalement favorable aux grands objectifs défendus par ce projet de loi, qu’il s’agisse de la réduction de 50% de la consommation d’énergie à l’horizon 2050, de la réduction de 40% des émissions de CO2 d’ici 2030 ou encore de l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique français à 23% en 2020 et plus de 32% en 2030, l’institution n’en a pas moins émis quelques doutes sur notre capacité à atteindre de tels objectifs dans des délais aussi courts.

Les membres de l’académie ont en effet pointé du doigt le grand nombre d’incertitudes et d’interrogations qu’il subsiste encore aujourd’hui quant à la réalisation de ces objectifs de transition énergétique. Comment assurer le développement rapide et l’intégration harmonieuse des énergies renouvelables au réseau compte tenu de leur instabilité et de l’intermittence de leur production ? Quels seront les impacts à la fois économiques et énergétiques d’un désengagement aussi rapide de l’énergie nucléaire (de 75% à 50% en seulement dix ans) ? Et enfin, que peut-on réellement espérer en termes d’efficacité énergétique et dans quels domaines ? Autant de questions auxquelles il est aujourd’hui nécessaire de répondre pour assurer une transition énergétique à la fois responsable et durable pour l’environnement et la société française.

L’Académie rappelle également la nécessité d’évaluer avec précision les conséquences économiques de telles mesures. Les transformations envisagées devraient selon elle “tenir compte des objectifs économiques fondamentaux, notamment celui de la compétitivité des entreprises, aussi bien que des facteurs scientifiques et technologiques, afin d’être réalistes, d’assurer la sécurité d’approvisionnement et d’augmenter l’indépendance énergétique“.

Intégration des énergies renouvelables et réduction du nucléaire, le refus de l’urgence

Compte tenu de la situation actuelle et de la position avantageuse sur la scène internationale de la France en matière d’émissions de CO2, l’Académie recommande d’autre part au gouvernement de s’engager dans un processus plus progressif. Les délais consacrés sont en effet très courts et imposeront aux différents acteurs impliqués dans le processus de transition énergétique d’agir à court terme. Une précipitation qui répond bien sûr à l’urgence des enjeux climatiques mais qui pourraient si l’on n’y prend pas garde, avertit l’Académie, s’avérer contre-productif.

La France présente aujourd’hui un bilan carbone très positif. Avec seulement 5t de CO2 par habitant et par an, l’hexagone émet deux fois moins de gaz à effet de serre que l’Allemagne et trois fois moins que les Etats-Unis. En termes d’énergie primaire, la part des énergies fossiles est de 53 % en France alors qu’elle est de plus de 80 % en Allemagne. Des chiffres qui s’expliquent notamment par l’exploitation importante de l’énergie hydraulique et de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité et qui devraient permettre à la France d’envisager les grandes mutations énergétiques à venir avec sérénité.

Dans ce cadre, un développement des énergies renouvelables irresponsable, à savoir, un développement croissant qui ne proposerait pas de solution viable à long terme pour le stockage de l’énergie ou la compensation de ces énergies (solaire ou éolienne) lorsqu’elles ne sont pas disponibles, pourrait générer une augmentation des émissions de CO2 ou des importations d’énergie électrique (plus carbonée qu’en France dans tous les pays voisins). Un effet pervers souligné par l’Académie des sciences et que l’on pourrait retrouver également dans la réduction de la part du nucléaire.

Comme l’explique ces académiciens, “le passage à 50 % à l’échéance indiquée (2025) ne tient compte ni des objectifs affichés de la loi (réduction des émissions de CO2), ni des facteurs techniques et économiques liés à cette réduction. Cette réduction ne pourrait se faire que si des moyens de stockage de l’électricité à grande échelle devenaient disponibles, évitant le risque de déstabilisation du réseau et le recours à des centrales thermiques de compensation génératrices de CO2, pour suppléer les énergies renouvelables“. Le rythme de réduction envisagé devrait alors être plus lent et plus progressif afin d’accompagner dans de meilleurs conditions l’essor des énergies renouvelables et la nécessaire évolution de la filière nucléaire.

Efficacité énergétique : soutenir la recherche et encourager l’équipement

L’Académie constate enfin que la composition du mix électrique français actuel, fortement décarboné, est bien adaptée au développement du véhicule électrique mais encourage toutefois à poursuivre les efforts de recherche technologique en matière de mobilité basse consommation pour les motorisations thermiques ou hybrides. Ces modèles constituent en effet la majeure partie du parc automobile et ne pourront être remplacés à court terme.

Dans le domaine du bâtiment, des réductions significatives d’énergie consommée peuvent être obtenues d’ici 2050 mais il faudra pour cela un important dispositif de financement public et privé, ainsi qu’une évaluation continue des performances énergétiques obtenues. “Plus qu’on ne le croit, la science et la technologie doivent être largement mobilisées pour avancer sur toutes les questions soulevées par l’énergie“, en conclut l’académie.

En savoir plus

→ Avis sur la transition énergétique (Académie des sciences PDF)

A lire aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>