Quelles avancées pour l’électrification en Afrique subsaharienne?

BOSTWANA, PROGRAMME NATIONAL D'ELECTRIFICATION RURALELe potentiel économique de l’Afrique subsaharienne, qui possède d’importantes ressources naturelles, est entravé par un réseau électrique sous-développé. De nombreuses initiatives internationales essayent d’offrir des solutions pour améliorer l’accès à l’électricité des populations et des entreprises. Le problème a même attiré l’attention du rappeur Akon, qui vient de lancer sa propre initiative sur la question. La Banque Mondiale, le gouvernement américain et EDF, entre autres, investissent également pour augmenter les capacités de production électrique du continent.


 

70% des habitants d’Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’électricité 

D’après les Nations unies, le taux d’accès à l’électricité dans le monde est de 80%, mais il n’est que de 30% en Afrique subsaharienne. Cette région représente 800 millions d’habitants, répartis dans 48 pays. Or sa production électrique totale est comparable à celle de l’Espagne, qui ne possède que 46 millions d’habitants.

Le manque de capacités de production électrique et la mauvaise couverture du réseau, qui est insuffisante en ville et inexistante dans les campagnes, freine la croissance économique. La rareté de l’électricité la rend chère en Afrique subsaharienne. Mais pour produire plus, il faut consommer plus, et donc relier plus d’installations au réseau. Or, les financements manquent pour les infrastructures de réseau. Les Etats d’Afrique subsaharienne ont des budgets réduits. La région est donc bloquée dans une situation de sous-électrification.

Selon une étude de l’Institut Français des Relations Internationales, l’Afrique possède 10% du potentiel hydraulique mondial. Mais les zones où les barrages pourraient être construits sont éloignées des zones les plus peuplées et leur raccordement serait onéreux. L’électricité pourrait être produite à partir de combustibles fossiles, l’Afrique possédant 10% des réserves mondiales de pétrole, 8% du gaz et 6% du charbon. Mais cela aurait des impacts négatifs sur les émissions de CO2 et l’environnement.

Le « off-grid » : l’électricité sans raccordement au réseau

Pour aider à contourner le problème et à sortir de cette situation problématique, la Société Financière Internationale (filiale de la Banque Mondiale) est entrée en partenariat avec EDF pour développer des solutions « off-grid ». Ces solutions, basées sur les énergies renouvelables, permettent une production d’énergie propre en milieu rural, sans raccordement au réseau. Les premiers kits distribués par EDF à des foyers africains devraient permettre, grâce à des panneaux solaires, d’allumer 5 lampes et une radio moyennant un abonnement de 5 euros par mois.

Cette action a démarrée en Juillet 2014 et vise à donner accès à l’électricité à 500.000 personnes. Elle entre dans le cadre d’un programme plus large de la Banque Mondiale intitulé « Lighting Africa », qui doit fournir un éclairage « off-grid » à 7 millions de personnes. EDF a par ailleurs soutenu l’électrification du continent via son programme Accès à l’énergie, qui a permis un raccordement au réseau d’un demi million de personnes au Mali, Maroc, Sénégal, Botswana et en Afrique du Sud.

Le même principe d’installations « off-grid » a été adopté dans le cadre du programme du chanteur américain Akon, « Akon Lighting Africa ». Ce programme a débuté le 31 octobre dernier avec la mise en place de 96 kits solaires dans une banlieue de Libreville, au Gabon, pour permettre aux foyers de s’éclairer et de charger leurs téléphones portables. Des panneaux solaires ont également été installés pour l’éclairage public du village.

A l’occasion du lancement de l’initiative, Akon a déclaré: « L’accès à l’énergie constitue un défi à relever à tout prix pour une éducation de qualité, des industries et des infrastructures durables. Il s’agit d’installer des équipements solaires dans les ménages ruraux pour promouvoir une autosuffisance énergétique ». Le projet est actuellement dans sa phase pilote, mais le chanteur espère étendre son action aux zones rurales de 9 pays : le Sénégal, le Bénin, la Gambie, le Mali, la Guinée, le Burkina Faso, la Guinée équatoriale, le Congo, la Côte d’Ivoire et le Gabon.

Quels résultats pour « Power Africa » ? 

Le gouvernement américain avait pour sa part annoncé en 2013 le lancement d’un grand plan d’investissement pour augmenter la production d’électricité de l’Afrique. Le président américain Barack Obama avait promis 7 milliards de dollars, complété par des dizaines de milliards d’engagements privés. « Power Africa », géré par l’organisme USAid, voulait réunir autour de la table gouvernements, fondations et entreprises privées pour faire aboutir des projets d’électrification.

Si le rapport annuel d’activités du programme affirme que les objectifs à cinq ans ont déjà été remplis à 25%, l’état d’avancement des projets sur le terrain laisse à penser autrement. Des accords ont bien été signés, mais les mégawatts sur le papier ne se sont pas encore transformés en mégawatts sur le réseau. De plus, dans ses statistiques, l’agence américaine a comptabilisé des projets qui ont vu le jour sans l’aide de « Power Africa ».

Seulement 100 millions ont été concrètement alloués, dans le cadre de protocoles d’accord signés avec la Tanzanie, le Nigeria, le Kenya, l’Ethiopie, Liberia et le Ghana. Mais la majorité de cette somme ira à des sociétés de conseils et de consultants américaines et britanniques pour effectuer des études de faisabilité.

Selon des sources citées par l’agence de presse Reuters, il y a de fortes chances que certains de ces projets ne se concrétisent jamais. Depuis trois décennies, la production d’électricité stagne dans la région car les promesses des gouvernements ne sont pas tenues, les procédures sont lentes et les investisseurs inquiets…

En savoir plus

→ Electricité-Le plan Obama pour l’Afrique tarde à décoller (Boursorama.com)

→ Akon Lighting Africa : Akon s’investit dans l’électrification en Afrique (L’Energeek.com)

→ Eurafric 2014 : l’Afrique reste un énorme marché potentiel pour les renouvelables (Enviscope.com)

L’inégalité d’accès à l’énergie débattue au Congrès Mondial de Daegu

*Le trilemme énergétique était le thème de la troisième journée du Congrès Mondial de l’Énergie, mercredi 16 octobre. 880 millions de personnes vont rester privées d’électricité à l’horizon 2030 selon le Conseil Mondial de l’énergie. Il faut produire plus et moins cher pour satisfaire les besoins croissants, mais les considérations environnementales ne peuvent pas être écartées.


 

Un accès à l’électricité inégal

La question de l’accès à l’énergie était au centre des débats du Congrès Mondial de l’Énergie ces trois derniers jours, alors que les données de la Banque Mondiale (issue du rapport « Global Tracking Framework Report ») indiquent qu’aujourd’hui 1,2 milliards de personnes restent privées d’accès à l’électricité dans le monde.

Le Conseil Mondial de l’Énergie a montré que ce sont entre 19.000 et 25.000 milliards de dollars qui devront être investis pour faire face à la hausse de la demande mondiale d’électricité.

Mais même avec de telles sommes le Conseil estime qu’ « entre 730 million et 880 millions de personnes resteraient privées d’accès à l’électricité en 2030, principalement en Afrique sub-saharienne ». A l’horizon 2050 les personnes dans cette situation seront encore entre 319 millions et 530 millions.

Pourtant, ces vingt dernières années, 1,7 milliard de personnes ont été reliées au réseau électrique. Mais l’enjeu est de taille car la population mondiale croît à grande vitesse. L’objectif initial du secrétaire général des Nations Unis Ban Ki-moon, à savoir une connexion de 100% de la population mondiale au réseau électrique en 2030, ne pourra pas être tenu.

La Banque Mondiale révélait que près de 2,8 milliards de personnes n’ont accès qu’au bois ou d’autres produits de la biomasse pour préparer leurs repas et se chauffer. Ces ressources énergétiques sont souvent chères, chronophages, polluantes, peu efficaces et dangereuses.

2 millions de personnes meurent ainsi chaque année de pollution liée à la mauvaise qualité de l’énergie de cuisson. Le manque de moyen de réfrigération freine également le développement des vaccins qui ne peuvent être conservés qu’au frais.

La question du prix prime sur celle des ressources

Le débat est donc toujours « comment produire plus et moins cher ». Le recours au charbon dans la production électrique de la Chine et de l’Inde, qui va accroître de façon importante dans les vingt prochaines années, est une réponse à ce dilemme. Du moins sur le plan de la fourniture énergétique, car le charbon est la source d’énergie la moins respectueuse de l’environnement. 

Selon les contre-rendus du Congrès Mondial de l’Énergie la question des ressources n’est pas la plus prioritaire. Michael Hurley, représentant Price Waterhouse Coopers au Congrès a annoncé « Nous avons des quantités d’énergie illimitées coincées sous la terre, la clé est de les exploiter d’une manière sûre, fiable et écologique ».

La table-ronde intitulée « New frontiers: What is the next game changer? » montrait que de nouvelles innovations dans l’imagerie du sous-sol permettront de découvrir de nouvelles réserves. De nouvelles technologies devraient également permettre d’exploiter des ressources non-conventionnelles comme l’hydrate de méthane contenu dans les fonds marins. Les schistes et sables bitumineux, abondants par exemple au Canada, sont également exploitables.

Le trilemme de l’énergie

Ces problèmes de l’accès à l’énergie et de la hausse de la demande mondiale soulèvent toutefois la question des considérations environnementales. Lors de la troisième journée du Congrès Mondial de l’Énergie cette équation complexe du trilemme énergétique a été abordée : comment produire de façon sûre et stable une énergie peu chère et accessible à tous, et cela avec un impact environnemental faible ?

Selon les intervenants du Congrès Mondial de l’Energie la réponse à cette question nécessite une coopération croissante entre Etats mais également entre Etats et énergéticiens. Jon Drzik, PDG d’Oliver Wyman, consultant en management international, a déclaré que “résoudre le trilemme énergétique demande une politique durable dans le temps, ce qui requiert une coopération entre industriels et gouvernements. »

En savoir plus

Plus d’un milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité (Le Figaro)

Comment concilier besoins croissants en énergie et respect du climat ? (Challenges)

What are the game changers? (World Energy Council)

Governments and industry should cooperate to solve energy trilemma, say experts (World Energy Council)